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GUILLAUME PASCALE
Exposition du samedi 10 octobre au dimanche 08 novembre, au Museon Arlaten
Ce même geste d’arpentage² et ce même savoir, qui, à la Renaissance, se font les instruments des cartographes et des conquêtes, ouvrent aujourd’hui l’Espace comme nouvelle frontière extractiviste. Sondes, satellites et bases de données planétaires prolongent ainsi, par-delà le ciel, les logiques coloniales et extractivistes d’un capitalisme néolibéral spatial³ lancé à toute allure.
Baisser les yeux au sol pour mieux voir les étoiles : l’installation de Guillaume Pascale joue entre horizontalité et verticalité. Écho de l’ange de Dürer, un astronaute contemple le reflet d’un train de satellites⁴ passant inexorablement au-dessus de lui. Un machinima⁵ donne, quant à lui, à voir les sites de data centers à venir dans un paysage glané sur Google Earth.
Cartographie, géométrie, complexité mathématique : ce cosmos technique et scientifique semble parfois se refermer sur l’autoréférence de systèmes si abstraits qu’ils en frôlent l’occulte. Une certaine vanité du savoir⁷ s’y révèle alors : celle d’outils qui prétendent saisir l’incommensurable, mais finissent par ne plus renvoyer qu’à eux-mêmes, tout en traçant les linéaments de nouvelles formes d’exploitation et de conquête. Le dernier élément de l’installation en offre l’image : un polyèdre⁸ de Dürer en plexiglas, dont l’écran exécute un programme qui cherche, en vain, à introduire des constantes cosmologiques dans un carré magique.
Ressentir, plutôt que mesurer. Se mesurer poétiquement au cosmos, plutôt que prendre des mesures pour l’exploiter. Cinq siècles plus tard, même vertige mélancolique. Infiniment grand, Guillaume Pascale fait émerger un sentiment de « planétarité » : comprendre l’espace comme il nous comprend.
-> Gratuit, accès libre (ticket à récupérer en face à la Chapelle des Trinitaires), Salle du Consistoire au Museon Arlaten, 29 rue de la République, du mardi au dimanche de 9h30 à 18h.
-> Vernissage de l’exposition : vendredi 9 octobre à 18 h, avec performance astro-musicale.
Commisaire d’exposition : Vincent Moncho
¹ Albrecht Dürer (1471-1528), peintre, dessinateur et graveur allemand majeur de la Renaissance.
² Arpentage : art de mesurer et de délimiter les terres, historiquement lié aux conquêtes coloniales et à l’appropriation territoriale.
³ Capitalisme néolibéral spatial : extension à l’Espace des logiques de privatisation, de concurrence et d’exploitation des ressources.
⁴ Train de satellites : expression notamment utilisée pour décrire les satellites Starlink, que vous avez peut-être déjà aperçus dans le ciel sous la forme d’une file de points lumineux, sortes d’étoiles filantes, mais rigides et métalliques.
⁵ Machinima : film réalisé à partir d’images produites dans un environnement numérique, notamment un jeu vidéo.
⁶ Carrés magiques d’Agrippa : grilles de nombres associées aux planètes dans la magie de la Renaissance, dont chaque ligne, colonne et diagonale produit la même somme, à des fins symboliques et occultes.
⁷ Vanité : désigne à la fois l’orgueil, la futilité des choses humaines. Mais surtout la vacuité, le vide. Et art, c'est parfois une méditation sur leur caractère éphémère face à la mort.
⁸ Polyèdre : solide géométrique à trois dimensions dont toutes les faces sont des polygones plans.
⁹ Comme : en latin, on distingue deux « comme » : sicut, le « comme » de comparaison — « de la même manière que » — et cum, dit historique ou narratif — « alors que », « lorsque ». La polysémie est ici voulue.